La châtelaine de Laversine

Suculpture – Laëtitia couchée, Philippe Morel
Photographie – Le rêve, Philippe Morel

RÉSUMÉ

Un homme refuse, au prix de la déraison, la disparition de sa promise. Il s’en va, après deux années d’un deuil qu’il croit accompli, renaître sous le feu de sa rancœur.

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MOT DE L’AUTEUR

Ma nuit se rapporte ici à la femme aimée et disparue. Par extension, c’est le symbole du deuil. Le personnage de cette nouvelle ne peut obtenir satisfaction puisque son deuil n’est pas terminé et la résurrection de sa fiancée est évidemment impossible. Il invoque donc le rêve, – sans même réaliser qu’il est en train d’en faire un – il inverse l’ordre fondamental des choses, prétend toucher au songe dans l’éveil et accepter la réalité des faits dans le sommeil. Il se protège. Il fuit.

Le déni est un phénomène qui m’intéresse autant qu’il m’effraie. Si j’ai pu l’utiliser pour l’écriture de ce texte, ce n’en est pas l’objet. Je justifie volontiers ces quelques pages par l’association de trois découvertes. Celle du château Laversine, dans lequel je vis depuis quelques jours et qui appartenait autrefois à Robert et Nelly de Rothschild. Celle de Philippe Morel, dont je découvre seulement les photographies alors que ses sculptures me bouleversent depuis déjà quelques années. Enfin et surtout, celle d’un être qui m’est très cher et qui refait surface après des années d’absence. Ce retour constitue aujourd’hui ma raison de vivre et j’ai l’impression d’en voir la représentation dans Le rêve, une photo de Philippe Morel qui a sur moi un effet particulier. À la vue de cette image qui me semblait déjà sublimer ma situation, une phrase m’a immédiatement frappé l’esprit: « Réveille-toi, ma nuit. » J’ai donc décidé que ce serait le début d’une nouvelle.

Je dédie cette nouvelle à celle qui revient et qui se reconnaîtra. Je remercie Philippe Morel, sans lequel je n’aurais jamais écrit ces quelques pages et à qui je dois ce sublime visuel.

Yann Frey