L’homme-pub’

FICHE TECHNIQUE

Auteur: Yann FREY
Genre: Nouvelle
Support: Ebook format pdf

LE MOT DE L’AUTEUR

J’aime l’idée d’un personnage pour lequel les idéaux sont disproportionnés parce que j’ai l’impression que l’homme moderne est ainsi fait. On lui laisse l’illusion que tout est à sa portée sans tenir compte de son pouvoir d’achat. Il importe seulement qu’il consomme et cela au grand dam de la dignité qu’il perd dans la servitude volontaire auprès de la publicité comme des médias ainsi que de son compte en banque dont les crédits se multiplient. Ce qui me répugne le plus dans cette déchéance humaine, c’est que l’on est poussé à culpabiliser d’être débiteur plutôt que de défendre une position de victime. Je voudrais voir, un jour, une personne lever le poing et porter l’étendard d’une nouvelle révolution. “Occupé ou désœuvré, je consomme au-delà de mes moyens et je vous emmerde parce que c’est de votre faute!” Qui oserait un tel geste sans craindre et risquer de se vouer aux gémonies? Pour ma part, je ne le fais pas et pense que je n’assisterai jamais à une telle scène parce qu’il me semble impossible de savoir sur qui marcher. Nous sommes tous autant victimes que coupables et ce n’est pas la peur qui nous empêche de nous élever contre cette tyrannie commerciale, mais l’inhérence, la perte de conscience ou le respect de nos semblables qui sont autant de frères d’armes. J’aurais pu, après mon admission à l’école supérieure de publicité, jouer au cheval de Troie, mais on ne se bat pas contre une notion, c’est en elle que nous sommes forgés. Parfois jusqu’à la névrose. Nous ne vendons malheureusement pas moins que nous achetons, nous nous mordons la queue sans pour autant nous en complaire. Notre quotidien est de vendre pour consommer davantage. Il ne nous reste que l’illusion de le faire à moindre coût, parce que vendre est, n’en doutez pas, une activité très coûteuse.

Est-il trop tard pour un retour à des échanges plus primitifs que relatifs au profit matérialiste?

À PROPOS DU CONTEXTE D’ÉCRITURE

Ce texte fut rédigé lors d’un atelier d’écriture animé par Philippe Adam à l’ESADHaR. Les étudiants des Beaux-Arts avaient quelques magazines à leur disposition, l’exercice était de réaliser un corpus personnel de publicités et de les reformuler au service d’un texte exprimant la journée idéale d’un consommateur fictif.

À PROPOS DU TITRE

Manière de définir un être en fonction de ce qu’il consomme tout en faisant référence à la notion d’ “Homme-Trace” déterminée à travers l’anthropologie de la communication par Béatrice Galinon-Mélénec (voir L’Homme-Trace, sous la direction de Béatrice Galinon-Mélénec, CNRS Alpha, 2011).


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